« Un Monde au féminin serait-il meilleur ? » ou la mixité vue par Mazars

Muriel de Saint-Sauveur , nous présente le livre qu’elle a publié pour Mazars en octobre dernier et plus largement la diversité chez Mazars.

Directrice de l’Agence Internationale Marketing et Communication et Directrice de la Diversité du groupe Mazars

 

1/ Muriel de Saint-Sauveur, vous avez publié le livre « Un monde au féminin serait-il meilleur ? », recueil de 100 entretiens avec des femmes venues du monde entier. Pouvez-vous nous présenter cet ouvrage ?

 L’idée m’est venue depuis que je suis impliquée dans la gestion des problématiques de Diversité chez Mazars.

Nous recrutons dans le monde approximativement 50% de femmes et 50% d’hommes. Malheureusement, au niveau des associés, nous n’avons plus que 14% de femmes. Une étude réalisée en interne a notamment fait émerger un constat : les femmes quittent l’entreprise entre 30 et 35 ans, pour fonder une famille et prendre un travail jugé moins « prenant ». Ces départs induisent donc une perte de talents ainsi qu’une perte financière puisque nous investissons massivement dans la formation de nos jeunes collaborateurs. Ceci pour finalement donner une image d’entreprise peu attractive pour les femmes alors même que nous veillons à appliquer au quotidien nos valeurs de diversité. L’envie de faire ce livre a été renforcée par mes visites dans nos bureaux de par le monde, qui me permettent de voir les différences de vie des femmes selon les pays. J’ai eu envie de leur donner la parole, et de voir ce qu’elles changeraient dans le monde si elles en avaient le pouvoir. C’est cette question qui a été posée à 100 femmes dans 33 pays. 100 femmes qui évoluent dans des univers très différents les uns des autres (médecine, photographie, politique, ressources humaines…), dans des entreprises comme au sein des associations

2/ Quels sont les principaux enseignements de ce livre ? Avez-vous une réponse à donner à la question posée ?

 Il va sans dire que le monde serait meilleur si la mixité existait partout, hélas nous en sommes loin.

De nombreuses études, comme celle de Mc Kinsey « Women Matter » ou celle de Michel Ferrary, chercheur et professeur à l’Université de Genève, intitulée « Les femmes influencent-elles la performance des entreprises ? Une étude des entreprises du CAC 40 sur la période 2002-2006 » montrent qu’au-delà d’un tiers de femmes, ou de 3 femmes dans les conseils d’administration, la performance de l’entreprise est meilleure. Mais je ne place pas là mon discours.

« Les hommes sont optimistes sur la science et sont dans le court terme. Les femmes sont optimistes sur l’humanité et sont dans le long terme ». Ce constat, Michel Labet, vice-président de Sociovision-Cofremca, le développe dans la préface du livre « Un Monde au féminin serait-il meilleur ? » dont il est auteur. Les attentes sont différentes. Les priorités aussi. Celles des femmes se portent sur l’éducation. Mais une éducation à vivre ensemble, à connaître l’autre, les religions, les cultures, pas une éducation élitiste. Elles savent que l’éducation est la base essentielle de tous les changements. Mais l’éducation, et l’éducation des femmes, est un dossier de fond, à traiter sur le long terme qui « brûle les doigts » de tous les ministres. A tort, car si l’on regarde l’étude de Davos faite auprès de 114 pays, les pays les plus performants économiquement sont ceux qui respectent la parité.

D’autre part, dans l’entreprise, les femmes ont de très fortes envies de progresser. Mais elles souhaitent que celle-ci intègre leurs différences dans son organisation car les femmes que j’ai interviewées, et cela quel que soit le pays d’origine, revendiquent ces différences. C’est ici, un point à signaler, deux courants de pensée dans le courant féministe. L’universalisme pense que les femmes et les hommes sont totalement égaux et identiques et qu’il n’y a pas lieu de mener des actions spécifiques pour les femmes. Le différentialisme considère que les hommes et les femmes sont égaux mais différents et qu’il faut donc traiter les deux sexes de manière particulière.

3/ Quelle place occupe la mixité chez Mazars ? Avez-vous quelques exemples à nous donner ?

Chez Mazars, nous avons une politique globale et nous accompagnons chaque pays au sein de notre Groupe en fonction de ses besoins et de ses enjeux.

Nous avons diffusé au sein du Groupe notre stratégie et nos objectifs ; c’est à chaque pays de se saisir des sujets sur lesquels il souhaite travailler. La diversité est un sujet trop culturel pour donner des lignes directrices strictes et identiques pour tous. Il est impossible de penser que deux pays tels que l’Inde et le Luxembourg vont partager les mêmes questions ou qu’ils vont les traiter de la même façon. A ce jour, trois guides ont été créés : sur les congés de maternité, sur la diversité en général et sur l’équilibre vie privée / vie professionnelle.

La direction des Ressources humaines du Groupe a créé un « Women’s Talent pool » réunissant des femmes à haut potentiel du monde entier. Car si nous constatons qu’il n’y a pas assez de femmes en haut de l’échelle, nous devons aller les chercher au milieu de l’échelle et les accompagner dans leur ascension. Nous allons poursuivre notre mission en lançant une enquête pour partager les meilleures pratiques. Et comme nous souhaitons mobiliser l’ensemble du Groupe, nous allons aussi participer à un concours international, organisé par StudyKa, « L’avenir de l’égalité Femmes-Hommes dans l’entreprise » visant à proposer des idées innovantes pour vivre la mixité. Nous avons bien entendu inclus les hommes dans la discussion car, très souvent, ce que demandent les femmes sera aussi bénéfique pour eux et surtout ne se construit pas contre eux. Un monde d’égalité se doit d’être partagé.