Génération Y : Évolution, révolution ou épiphénomène générationnel ?

D’un côté, Mazars, organisation internationale d’audit et de conseil qui réunit 13 000 personnes dans 69 pays, se trouve confrontée à l’évolution de ses collaborateurs et doit gérer des équipes transgénérationnelles. De l’autre, WoMen’Up, première association à aborder les problé¬matiques de mixité en entreprise sous l’angle exclusif de la génération Y.

Ensemble, ils ont mené une enquête auprès de 1011 Yers issus de 64 nationalités différentes. Pour en dé­crypter les résultats, nous avons demandé à Laurent Choain, Directeur des Ressources Humaines du groupe Mazars ainsi qu’à Emmanuelle Duez et Adeline Braesccu-Kerlan, co-fondatrices de WoMen’Up, de croiser leurs regards.

Interview Croisée entre Laurent CHOAIN, DRH du Groupe Mazars et Emmanuelle DUEZ et Adeline BRAESCU-KERLAN, co-fondatrices de WoMen’Up

Laurent CHOAIN, DRH du Groupe Mazars

Emmanuelle DUEZ, co-fondatrice de WoMen’Up

Adeline BRAESCU-KERLAN, co-fondatrice de WoMen’Up

 

Pourquoi avez-vous mené cette enquête ?

WoMen’Up :

Nous sommes à ce jour la seule association par et pour la génération Y à travailler sur la mixité en entreprise. Notre constat est le suivant : depuis une trentaine d’années, quand on parle de parité en entreprise, deux thèses, deux stratégies, presque deux idéologies s’opposent : pour certains il s’agit d’une question de justice sociale, les femmes étant 50 % sur la planète et 50 % dans les formations supérieures, elles devraient être logiquement 50 % au Board. Pour d’autres, et notamment au sein des entreprises, il faut justifier d’un « business case » pour légitimer les politiques internes de mixité : un lien doit être établi entre présence des femmes, notamment au top management, et performance économique de l’entreprise. Force est de constater que malgré de nombreuses études très sérieuses à ce sujet, le bât blesse.

WoMen’Up défend une toute autre vision, très novatrice : le business case serait ailleurs, les politiques de mixité déployées au sein des entreprises constitueraient un facteur d’attraction et de rétention des talents issus de cette fameuse génération Y. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui garçons et filles de moins de trente ans, première génération dont les mères ont majoritairement travaillé, partagent des aspirations d’équilibre communes et revendiquent en entreprise le respect du balancier vie privée/vie professionnelle. Or si les jeunes hommes se saisissent des combats jadis purement féminins, d’une manière tout à fait naturelle et décomplexée, n’est-ce pas là le signe d’une véritable révolution en marche ?

Nous avons fait cette étude avec Mazars pour éprouver nos hypothèses de départ : le respect des équilibres de vie est-il vraiment une préoccupation forte et partagée pour les représentants de cette génération Y ? Joue-t-il un rôle lorsque garçons et filles choisissent une entreprise puis décident d’y rester ? Les hommes et femmes de cette génération se perçoivent-ils différents, identiques, égaux, notamment sur l’échiquier de l’entreprise ?

 Laurent Choain :

Mazars est un groupe pluridisciplinaire et multiculturel. Nous sommes présents dans 69 pays et la diversité est chez nous une réalité extrêmement variable. Nous recrutons plus de 3000 jeunes dans le monde chaque année, Mazars est donc jeune par nature. Comprendre les motivations de cette génération est essentiel pour nous. Nous sommes, de plus, une entreprise de services dont l’intelligence collective est le principe fondateur, nous devons connaître les attentes de cette génération.

 

Comment est vécue la parité chez Mazars ?

 Laurent Choain :

Nous recrutons environ 50 % de femmes et 50 % d’hommes. Or, nous n’avons plus cet équilibre au niveau de nos associés. Nous devons travailler sur les talents confirmés, parmi lesquels nous avons identifié 43 % de femmes. Ma génération a passé le cap de l’égalité ; hommes et femmes ont fait des études et ont un métier. Je pense que les textes législatifs et règlementaires vont dans le sens d’une amélioration sincère et continue, même si les résultats se font souvent attendre. Ce sera long, certes, et c’est aussi à nous, entreprises, d’accélérer le rythme.

 

Les résultats montrent qu’il existe très peu de différences entre les attentes des filles et celles des garçons, mais ils démontrent aussi les inquiétudes des filles qui se sentent en compétition avec les garçons. 37,8 % d’entre elles souhaitent des quotas.

Qu’en pensez-vous Emmanuelle & Adeline ?

WoMen’Up :

En effet, même si la génération Y est intrinsèquement porteuse, de par ses convictions et son comportement, d’une révolution sur ces sujets de mixité, il faudra du temps… A l’heure actuelle il manque toujours des rôles modèles au top management qui permettraient aux jeunes femmes de s’identifier et de se projeter dans des carrières de dirigeantes. Pour y remédier, à court et moyen terme, une seule solution existe, imparfaite mais nécessaire, et qui a déjà fait ses preuves sur d’autres combats : les quotas. En 2012, sous l’impact législatif, le taux de mixité des conseils d’administration a atteint 23,4 % contre 20,8 % en 2011.

Mais n’oublions pas les hommes, pierre angulaire du problème qui nous permettra de transformer durablement l’essai : les dispositions législatives sur le congé paternité constituent une avancée majeure car, de la même manière que les femmes ont besoin de rôles modèles pour se projeter dans des carrières de haute voltige, les hommes ont besoin de référents masculins au top management qui assument leur statut de père, de compagnon ou plus largement d’individu épanoui.

 

La génération Y : est-elle une génération comme les autres avec ses nouvelles idées ou bien s’agit-il d’un réel mouvement de société ?

WoMen’Up :

Nous sommes convaincus que ce que l’on nomme la génération Y est bien plus qu’un simple effet générationnel ponctuel, c’est une culture, un mouvement de fond qui tend à s’amplifier avec la nouvelle génération qui arrive, les « Z ». Cette culture commune remet en cause les modèles traditionnels, notamment ceux de l’entreprise. Notre génération a observé de près et pour la première fois les conséquences désastreuses du chômage, des parents qui ont tout sacrifié pour l’entreprise avant d’être remerciés en temps de crise. De manière assez logique et positive, et loin de repousser en bloc l’entreprise, les jeunes Yers assument simplement le fait que, si le travail reste une source d’épanouissement, il en existe d’autres, et que le bonheur tient à l’harmonie, à l’équilibre entre ces différentes sphères. Ils demandent logiquement aux organisations de le comprendre et de s’adapter. Cette dimension ressort fortement de l’étude

Laurent Choain :

Mazars est très jeune par nature, notre population est en majorité Y et elle se renouvelle constamment par le modèle même de nos métiers. Nous devons fonctionner comme une école, dans laquelle on apprendrait continuellement. La plupart de nos anciens gardent un excellent souvenir et un lien fort avec Mazars. Mon objectif en tant que DRH est donc d’apporter à nos talents une employabilité très forte, qu’ils deviennent nos associés ou que leur carrière se poursuive brillamment ailleurs. Et, plus globalement, j’aborde la génération Y comme une génération à part entière, influenceuse et influencée, comme toutes les autres.

 

Votre enquête montre que les jeunes souhaitent d’abord réussir leur vie, conserver un bon équilibre vie privée / vie professionnelle et être enfin indépendants financièrement. L’inverse de leurs parents. Cela semble être un phénomène mondial.

Est-ce de l’égoïsme ou de l’individualisme ?

 WoMen’Up :

On affuble la génération Y d’un certain nombre d’attributs, pas toujours flatteurs, et l’individualisme est en bonne position. On peut donner de ce trait de caractère deux interprétations : l’individualisme à tendance égoïste, où le jeune ne penserait plus qu’à lui, renonçant à s’engager pour l’entreprise et pour les autres. On peut également y voir une tendance lourde à remettre l’individu, l’humain, au centre des choix, au centre des sphères, personnelles et professionnelles. Le Yer ne rejette pas l’entreprise et ne refuse pas de s’y impliquer, il lui demande au contraire de s’adapter, d’évoluer, pour devenir un lieu d’épanouissement et d’équilibre afin de mieux s’y investir. De la même manière, les Yers sont deux fois plus nombreux que leurs parents à souhaiter s’engager pour une cause qui leur semble juste, porteuse de sens. En conclusion, que nous soyons autocentrés, certainement… Egoïstes ? Permettez-nous de vous contredire et de riposter avec le titre de l’excellent ouvrage de François de Singly : « l’individualisme est un humanisme »…

 

FOCUS : Les priorités de la génération Y

Parmi les garçons, 31 % souhaitent réussir pleinement leur vie, 21 % trouver un équilibre vie privée / vie professionnelle, 13,3 % passer du temps en famille, 10,5 % être indépendant financièrement. Parmi les filles, 31,9 % souhaitent trouver un équilibre vie privée / vie professionnelle, 25,2 % vivre pleinement leur vie, 11,9 % être indépendantes financièrement, 10 % réussir professionnellement.

 Laurent Choain :

La génération Y remet en cause la hiérarchie et fonctionne de manière plus directe, plus rapide. Mais si l’on avait demandé aux générations précédentes, du moins la mienne déjà, si elles envisageaient de faire toute une carrière dans une seule entreprise, elles auraient majoritairement répondu par la négative. Cependant, je suis d’accord avec vous sur un point : la génération Y est très avide de sens et souhaite des méthodes de travail différentes. J’ai dû me forcer à réagir en « professionnel » quand mon fils m’a demandé pour Noël un jeu vidéo que je jugeais violent. Malgré mon premier réflexe, je me suis forcé à voir de quoi il s’agissait et j’ai découvert des dimensions d’apprentissage intéressantes, en particulier sous l’angle historique. Nous ne ferons pas l’économie, jusque dans l’entreprise, de comprendre et d’adapter – sinon adopter – une part des cadres cognitifs nouveaux de la génération Y.

 

Il persiste une différence d’évaluation de la génération Y entre vous car Laurent, vous parlez d’un nouveau mode de communication et vous, Adeline et Emmanuelle, d’un mouvement de fond. Or, cette génération a de nouveaux critères professionnels, elle privilégie les qualités humaines et ne place l’expertise que bien après. Comment réconcilier l’entreprise et ces jeunes ?

WoMen’Up :

A la place d’une réconciliation, nous préférons parler d’une adaptation. La rupture n’est pas du tout consommée, loin s’en faut. L’entreprise reste un terrain d’engagement et d’épanouissement. Charge aux dirigeants de comprendre ces aspirations nouvelles et de faire évoluer les modèles, pour les rendre plus pérennes car plus adaptés à cette nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail. Charge aux Yers également d’expliciter leurs attentes et d’accepter en contrepartie les contraintes nécessaires liées au monde de l’entreprise. Mais nous sommes très confiants : cette génération Y est moins celle du WHY que celle du HOW, elle saura être force de proposition et mettre sur la table des innovations majeures. A travers l’étude, se dessinent en creux des pistes de réflexion, d’amélioration, d’évolution, de révolution... et ce d’autant plus que les réactions des jeunes issus de 64 nationalités différentes sont presque similaires. L’apprentissage tout au long de la vie, le travail en mode collaboratif, l’aplanissement des hiérarchies, la valorisation du mérite et de la compétence au détriment du diplôme ou du grade, le développement des qualités humaines sont autant de chemin à explorer… ensemble !

 

N’est-ce pas Laurent ce que vous rêvez d’offrir, l’université dans l’entreprise ? 

Laurent Choain :

Oui, je suis totalement convaincu que l’entreprise doit offrir un apprentissage permanent, voire délivrer des diplômes, c’est un vieux rêve que je poursuis depuis toujours. Nous n’en sommes pas encore là, mais nous y travaillons chez Mazars. Nous travaillons aussi à la notion de flexibilité et de qualité du temps de travail, très diverse suivant les continents, mais présente désormais en Chine, comme en Russie ou en France. Les moyens de communication modifient totalement nos relations ; vous voyez d’ailleurs que nous avons mené cette enquête uniquement grâce à Internet et aux réseaux sociaux. C’est une première pour Mazars. Mais fondamentalement, je ne pense pas que la génération Y doive être l’objet unique de notre attention et je fais le parallèle avec le remarquable travail de WoMen’Up de promotion de la mixité des genres : ce qui compte, c’est la mixité générationnelle et la promotion sociale que seuls désormais offrent deux systèmes : l’école et l’entreprise.

The survey

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La révolution Y ? Une enquête internationale sur la génération Y

Découvrez dans cette étude publiée par Mazars et Women'Up, la Génération Y, ses aspirations, son rapport à la mixité et à l’entreprise.

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Mazars participe au Women’s Forum

Pour la 6ème année consécutive, Mazars est partenaire du Women's Forum, qui se tiendra à Deauville du 10 au 12 octobre 2012. Mazars a décidé de partir à la découverte de la Génération Y et présentera au Women’s Forum les résultats de son enquête internationale « La révolution Y ? », menée auprès de 1011 jeunes de 64 nationalités.